Ce qui sous-tend ma démarche d’orientation

J’ai fait mes premiers pas dans le champ de l’orientation professionnelle en tant que formatrice et directrice de stage d’insertion sociale et professionnelle.

Pendant trois années j’ai côtoyé une soixantaine de jeunes âgés de 16 à 18 ans issus des quartiers populaires de la ville de Colombes, fils et filles de familles modestes, souvent touchées par le chômage, anciens élèves en échec scolaire.

Mon collègue et moi avons fait le choix de nous donner le temps de les découvrir avant d’ouvrir leurs dossiers scolaires. Nous voulions les voir vivre, s’exprimer, connaître leur vision du monde, leurs capacités en français et en mathématiques, sans nous laisser d’emblée influencer par les avis consignés dans leurs dossiers.

A cette époque j’avais pour seuls acquis en matière d’orientation professionnelle l’expérience de ma propre orientation puis réorientation professionnelle : vécu douloureux d’un choix professionnel inadapté, bonheur d’avoir réussi à y échapper, et une solide confiance en mes capacités à faire face à la situation. Je travaillais en harmonie et en complémentarité avec mon collègue, ce qui contribuait à nous sécuriser l’un l’autre.

J’ai abordé ces jeunes avec beaucoup de respect et une affectueuse curiosité, état d’esprit hérité de ma famille, de ma propre éducation et probablement renforcé par dix années passées dans l’univers de la recherche scientifique, sans oublier les moments où mon positionnement à la fois ferme et très respectueux m’avait permis de régler sans casse des situations conflictuelles au foyer où j’ai exercé comme éducatrice.

Plus de trente ans plus tard mon approche reste fondamentalement la même : respect de l’autre, de sa singularité, de son histoire sont à la base de mon intervention. Humainement parlant je me situe au même niveau que celui que j’accompagne, ni supérieure ni inférieure. J’estime que la personne que j’accompagne est seule à savoir ce qui l’intéresse dans la vie, ce que sont ses besoins, ses aspirations, ses valeurs, ses priorités. Le choix de son orientation relève de sa responsabilité. Mon rôle consiste à lui permettre de prendre conscience de ce qui la caractérise afin qu’elle fasse les bons choix, qu’elle saisisse les opportunités les plus adaptées à ce qu’elle est, ce qu’elle veut et ce qu’elle peut.

Bien évidemment, trente ans plus tard je ne suis plus la jeune formatrice novice et cependant confiante. Je me suis formée, j’ai vu passer de nombreux groupes.

A ce jour, ma pratique de l’accompagnement à l’orientation ou la ré-orientation professionnelle est fondée sur une double approche :

A – Je conçois la démarche d’orientation ré-orientation professionnelle comme une démarche active qui implique pour le consultant d’investir en parallèle deux terrains de recherche.

  • L’un concerne sa personne elle-même : il lui faut identifier ses compétences, motivations, centres d’intérêt, traits de personnalité, points de fragilité, priorités… afin de savoir vers quoi il veut, et peut, aller.

  • L’autre concerne l’environnement socio-économique dans lequel il évolue : connaissance du monde du travail, connaissances des métiers susceptibles de lui convenir, des employeurs potentiels, des formations et dispositifs qui peuvent être des appuis, des concours, des formations et métiers du secteur qui l’intéresse s’il souhaite changer totalement de domaine….

Ainsi conçue, la démarche d’orientation doit être structurée afin que chacun recueille les informations indispensables et sache les organiser et les hiérarchiser afin d’opérer un choix conscient et réaliste. Ceci suppose d’expliciter la démarche avec précision dès le début, de présenter les outils utilisés et leurs objectifs et de rappeler les étapes à chaque fois que nécessaire tout au long du processus. Mettre ainsi la démarche en pratique permet à chacun d’en comprendre les mécanismes et de les intégrer afin d’être en mesure de la réutiliser seul au moment où le contexte le nécessite. C’est avec cette intention que je l’ai toujours déployée.

L’approche canadienne dont je m’inspire (ADVP ou activation du potentiel vocationnel et personnel) est une méthode d’éducation au choix. Au delà de la construction du projet professionnel il s’agit en effet de permettre à chacun d’améliorer ses propres capacités à choisir et à s’orienter lui-même, compétence qui m’apparaît absolument essentielle dans un monde mouvant où les métiers naissent, évoluent et meurent à grande vitesse

B – Au fil des années, j’ai conservé de l’ADVP le processus très structuré d’élaboration du choix en quatre étapes et j’ai enrichi cette approche de mon expérience de la démarche « histoire de vie » en formation. Dans cette perspective, il s’agit d’apprendre à se connaître en développant une attitude réflexive sur son propre vécu. Autrement dit, ce travail consiste à récolter les fruits de son expérience, à arrêter un peu le cours du temps, à cesser un moment de vouloir aller toujours plus vite pour regarder dans le rétroviseur de sa vie afin de poursuivre le chemin de manière plus lucide et assurée. Dans ce travail le groupe est un formidable accélérateur de prise de conscience. Il joue en effet le rôle de miroir par les retours des pairs formulés dans un climat bienveillant et par le jeu des similitudes et des différences qui permettent à la fois de se reconnaître en l’autre et de se distinguer des autres. Ceci n’est toutefois pas une contre indication au travail en face à face.

Au cours de cette évolution, mon rôle initial de formatrice s’est mué en celui d’accompagnatrice. Je suis bien sûr restée garante de la démarche et des outils. A moi de structurer le travail dans sa forme, aux participants le contenu et l’implication dans le travail. A moi d’avoir constamment à l’esprit l’objectif essentiel : faire en sorte que la démarche soit très clairement explicitée afin qu’un maximum de participants puisse se l’approprier.

Hors de question de conseiller ou d’influencer le choix qui doit s’imposer de lui-même du fait du processus engagé. Le rôle d’accompagnateur consiste alors à cadrer et sécuriser un travail impliquant dans le plus grand respect des personnes, de leur diversité, de leur singularité, et du rythme de chacun.

La philosophie de mes interventions

Je suis habitée par une vision résolument positive de l’être humain.

N’y voyez pas de naïveté : si j’avais pu oublier le côté sombre de l’humain DAESH qui embrigade notre jeunesse en désarroi et sème la mort partout sur la planète se serait chargé de stimuler ma mémoire. Avant, pour ne citer que quelques monstruosités humaines, il y a eu le nazisme et son diabolique système d’élimination des juifs, les prisons staliniennes, la terreur, l’inquisition et les guerres de religions; partout dans le monde des dictatures bâillonnent et tuent leurs peuples sans beaucoup d’états d’âme. Bref de tous temps et en tout lieu l’homme s’est comporté, et continue à se comporter en monstre, individuellement et collectivement. Il est son propre prédateur, et le seul dans tout le règne « animal » à tuer pour autre chose que pour sa subsistance. Dans nos sociétés économiquement évoluées l’homme tue par haine, par peur, par goût du pouvoir…, pas pour survivre. Aussi, lorsque l’on dit que celui qui a commis un forfait s’est conduit comme un animal, on se trompe. L’homme peut être bien plus monstrueux que l’animal !

Cependant, ce qui m’intéresse et me passionne dans l’humain ce sont ses capacités infinies de générosité, de curiosité, d’ouverture sur l’autre et sur le monde, de créativité, d’ingéniosité, toutes ces merveilleuses qualités qui lui ont permis de produire toute la diversité des langues et des cultures, des philosophies, des sciences… et d’améliorer sans cesse le confort de la vie et le bien-être des individus.

Ma position est donc un choix. Je suis bien consciente que nous sommes tous susceptibles de développer les aspects obscurs de notre psyché au détriment de sa dimension lumineuse. Partant de ce principe je m’efforce de développer mes propres tendances positives et j’agis avec l’intention de contribuer, à mon modeste niveau, à la croissance des tendances lumineuses des personnes que j’accompagne.

Je dois ma vision de l’humain d’abord à ma propre histoire, à l’expérience de mon évolution personnelle au travers de mes différentes expériences personnelles et professionnelles.

Pour étayer cette vision, je me suis nourrie des apports de différents courants de la psychologie (constructiviste, cognitiviste, humaniste, positive…), de la psychanalyse, des neurosciences, de la psychosociologie. Ce que je retiens principalement des théories qui m’ont le plus intéressée, au-delà de la diversité de leurs éclairages, c’est la commune conception d’une évolution par étapes des humains, de l’enfance à l’adolescence, qu’il s’agisse du corps, de la motricité, de l’affectivité, du langage, des facultés intellectuelles, A cette période de la vie l’évolution tient autant au processus de maturation du cerveau qu’aux échanges avec l’entourage humain et l’environnement matériel et se fait par étapes successives.

Les études sur les cycles de vie au travail et les transitions de vie tendent à montrer que ce processus perdure bien au-delà de l’adolescence : les nouvelles expériences sont sources de nouveaux apprentissages, ou de blocages, qui favorisent enrichissement et ouverture ou au contraire repli sur soi et perte de confiance. Quoi qu’il en soit, nos expériences, qu’elles soient réussites ou échecs, remodèlent notre identité au gré des nouvelles connaissances acquises, des changements de nos comportements, de l’évolution de nos croyances et de nos systèmes de valeurs. On le sait aujourd’hui, notre cerveau est « plastique » de son origine à sa fin de vie.

Face à ce constat d’un mouvement intérieur inéluctable, il m’apparaît fort probable que le métier qui nous réjouissait à 20 ans nous passionne moins à 25 et nous ennuie à 30. Il deviendra alors urgent de revisiter notre choix pour éviter de sombrer dans le cercle vicieux des états dépressifs. Quelques années plus tard la question se reposera peut-être dans les mêmes termes, à moins que notre poste de travail ait disparu, victime de la mouvance extrêmement rapide du monde de l’emploi.

Voila pourquoi il m’apparaît essentiel de concevoir l’accompagnement à l’orientation et à la réorientation professionnelle comme l’enseignement d’une démarche et d’outils que le consultant puisse s’approprier afin de les réutiliser à chaque fois qu’il en éprouvera le besoin.

Tout aussi essentiel, face à des consultants en recherche de repères sur eux-mêmes et sur le monde dans lequel ils cherchent à aménager où à réaménager leur place, une exigence s’impose aux accompagnateurs : être animés d’une indéfectible confiance en l’humain et d’un fondamental respect de l’autre.

Je vois l’accompagnateur comme un passeur : il embarque des personnes sur une rive qui s’appelle « questionnement, doute, incertitude, échec, douleur… », et les conduit sur l’autre rive que l’on nommera « mieux-être, confiance, assurance, affirmation, paix intérieure… », peu importe le nom. L’important, c’est que la traversée se passe en sécurité et qu’au bout du voyage les passagers mettent le pied sur une terre plus ferme où l’herbe sera plus verte. A l’accompagnateur de tenir fermement la barre dans les tourbillons du courant.

Le passeur ne se sent ni supérieur ni inférieur à ceux qu’il fait traverser. Il connaît le courant et sait naviguer, et, s’il est curieux de l’humain, il peut profiter de l’espace temps partagé pour découvrir quelques aspects de ces êtres qui lui confient quelques instants de leur vie.

Le passeur curieux de l’autre représente pour moi une belle métaphore du rôle de l’accompagnateur en orientation professionnelle tel que je le conçois après ces années d’expérience.

Ma formation

Ma première expérience d’accompagnement en orientation professionnelle s’est effectuée sur le tas en tant que formatrice dans le dispositif d’insertion sociale et professionnelle au début des années 80.

Il s’agissait alors de permettre à des jeunes issus du système scolaire sans diplôme ni qualification de définir un choix professionnel par une immersion dans différents univers professionnels suivie de temps de retour réflexif sur leur expérience. A nous, les formateurs/accompagnateurs, de crée le réseau d’entreprises d’accueil, d’assurer le suivi des jeunes sur leur lieu de stage et de structurer l’analyse des expériences au retour sur le lieu de la formation. Pour chaque jeune l’expérience d’orientation était alors à la fois une expérience individuelle et collective.

Par la suite, en tant que chargée d’accueil et d’orientation à la PAIO de Colombes (permanence d’accueil, d’information et d’orientation), j’ai été confrontée à la relation de face à face avec des jeunes attendant trop souvent de moi, ou du moins de la PAIO, le stage ou l’emploi de leur rêve, presque sans effort. J’ai alors cherché un moyen de rompre cette relation de dépendance et, en 1985, je me suis formée à l’approche éducative de l’orientation développée au canada : l’ADVP (activation du développement vocationnel et personnel) ce qui m’a permis d’initier des modules collectifs d’orientation beaucoup plus dynamisant pour ce jeune public.

Par la suite, j’ai pu bénéficier moi-même d’un bilan professionnel collectif proposé par le groupe régional d’appui pédagogique aux intervenants des dispositifs d’insertion. Ceci m’a fourni l’opportunité de vivre de l’intérieur l’expérience de l’orientation en groupe avec toute la dynamique qu’elle apporte mais aussi les résistances à se dévoiler qu’elle peut susciter. Cette expérience constitue un pan irremplaçable de ma formation à l’orientation : avoir expérimenté ce que l’on va faire  vivre à d’autres. C’est aussi l’expérience qui m’a propulsée hors des dispositifs d’insertion en me faisant mettre le doigt sur mes priorités.

J’ai alors découvert l’approche des histoires de vie en formation grâce à Guy Cauquil qui proposait à l’université Paris VIII une unité de valeur annuelle consacrée à l’analyse de notre rapport à l’argent avec cette approche très interdisciplinaire. Ce travail m’a passionnée et je l’ai approfondi dans les années qui ont suivi à travers les séminaires de Vincent de Gaulejac, un stage de Pierre Michard à l’Ecole des parents et des Educateurs (histoire de vie, histoire à vivre) puis, plus tard, le stage « retraite et histoire de vie ».  Les outils de cette approche se sont furtivement substitués à ceux de l’ADVP dont j’ai toutefois conservé la structure au fil des années.

Dernière expérience fondatrice de ma conception de l’orientation, l’adaptation de la démarche du bilan de compétences au montage d’un stage « projet de vie pour la retraite ». C’est le CNIDFF, organisme support d’un centre interinstitutionnel de bilan  de compétences (CIBC) qui m’a confié ce projet. J’ai donc assisté, en tant qu’observatrice, au déroulement d’entretiens conduits par les conseillers avant de mener moi-même plusieurs bilans afin de m’imprégner de la démarche. Puis j’ai monté le stage intitulé « Futur simple » et je l’ai animé avec beaucoup de plaisir.

C’est tout ce cheminement qui m’a permis de proposer au CNFPT (Centre national de la Fonction Publique Territoriale) le stage  « Développer ses capacités à s’orienter » que j’ai animé pour la première fois en 1997 et n’ai plus cessé de décliner par la suite jusqu’en 2012 tant en inter-collectivités à la délégation de Pantin qu’en intra dans de grosses collectivités.

Vous avez dit virage ?

Oui,… les virages de la vie.

Ce sont les adaptations auxquelles nous contraignent les  évènements, choisis ou non, qui viennent changer nos vies : déménagement, mariage, séparation, divorce, naissance, décès, changement d’emploi, licenciement…

Ce sont aussi, quelquefois, les modifications qui s’opèrent à bas bruit à l’intérieur de nous et qui font que notre environnement perd petit à petit ses charmes  : l’emploi qui nous passionnait devient routinier et ennuyeux parce que l’on y apprend plus rien,  notre amoureux fini par nous agacer et nous devenir insupportable…. Rétablir l’équilibre perdu va nous obliger à une prise de décision, peut-être douloureuse, mais indispensable.

Dans le premier cas un changement extérieur nous oblige à amorcer une transition à l’intérieur de nous ; dans le second, c’est la transition amorcée en nous qui appelle le changement pour nous permettre de retrouver notre cohérence.

William Bridge auteur du bestseller « Transition » a bien analysé ces phénomènes.  Si vous ne le connaissez déjà, je vous inviterai à le découvrir dans un prochain article.

Qui je suis

Odile anniversaire resto bus (2)Pendant une vingtaine d’années j’ai accompagné, d’abord des jeunes en recherche d’orientation, puis des adultes de tous âges aspirant pour certains à plus de satisfaction dans leur travail, pour d’autres à un changement profond, voire à une reconversion ; d’autres encore étaient contraints à se reconvertir pour des raisons de santé. Bref pendant toutes ces années l’orientation professionnelle a constitué mon carburant.

J’ai moi-même exercé plusieurs métiers au cours de mes quarante années de vie professionnelle : technicienne de laboratoire en physique des solides, éducatrice en foyer d’adolescentes, organisatrice de stages d’insertion, chargée d’accueil et d’orientation de jeunes non qualifiés, formatrice puis accompagnatrice de transitions professionnelles.

J’ai traversé des univers socio-professionnels fort différents : celui du monde rural très traditionnel de la petite paysannerie de la Puisaye dont je suis issue, celui de la recherche scientifique pure à l’université d’Orsay, celui de l’enfance et de l’adolescence inadaptée dans un foyer de la ville de Boulogne Billancourt, celui d’une ville de la banlieue nord de Paris blessée par la fermeture de l’usine Kléber, grande pourvoyeuse d’emplois, celui de le fonction publique territoriale en construction après les lois de décentralisation de 1982.

Atypique en son temps mon parcours fait de ruptures et d’inflexions est entrain de devenir la norme à l’heure où les métiers n’en finissent pas de changer :  voila ce qui me fait créer ce blog.

Mes intentions : à la fois témoigner de mon expérience de l’orientation professionnelle, en explorer l’actualité, aller à la pêche aux nouveautés en ce domaine, tout cela avec la ferme volonté de partager ma vision de l’orientation professionnelle au 21ème siècle  et de contribuer à en faire évoluer les pratiques.